VY0A – Ile Fox au Nunavut

Les alentours de Churchill sont connus sous le nom de “la capitale du monde des ours polaires”. Une grande variété d’oiseaux font là-bas leurs nids en été, quand les foques et bien d’autres animaux marins et terrestres y foisonnent. La présence de cette riche faune a mené il y a quelques années à la création de Churchill Wildelife Management Area. Celle-ci inclut l’île Fox désignée refuge des ours polaires et par conséquent hors limites pour les touristes. Cela m’a fait tenter de trouver d’autres potentiels candidats pour cette  escapade à NA-186, moins exigeante du point de vue logistique. Ainsi, avec l’aide de LeeAnn Fishback de Churchill Northern Studies Center j’ai exploré d’autres petites îles au long de la côte, à l’ouest de Churchill. Cependant, l’une après l’autre, j’ai dû conclure que nulle ne  se qualifiait. L’île Fox semblait être le seul choix possible.

 

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La ville de Churchill, au Manitoba.

 

Une investigation plus détaillée m’a révélé la nécessité d’obtenir pour ce voyage à l’île Fox un permis spécial auprès de Conservation Authority. Mais en premier, il fallait établir, l’équipage de l’expédition. J’ai consulté plusieurs radio amateurs qui paraissaient intéressés à s’y joindre, mais malheureusement aucun d’eux n’a pu s’engager à cause de contretemps. Pour la protection et le support logistique on m’a recommandé de contacter Paul Ratson, propriétaire et opérateur de Nature 1st, un des services de guide les plus réputés.

Dès le début, Paul s’est entièrement engagé au projet et son aide a été essentielle au succès de cette opération. Il m’a expliqué que l’île était trop exposée et trop petite pour qu’on puisse assurer une quelconque protection contre les ours. Par conséquent, le voyage aurait été trop risquéé en été. La meilleure option était d’y aller tôt en avril, quand les animaux étaient encore dans le nord. à la recherche de nourriture. De plus, comme les eaux étaient encore gelées on pouvait traverser la baie en motoneige. Grâce aux interventions de Paul, un permis a été exceptionnellement accordé par le Ministère de la Conservation du Manitoba pour le voyage et le camping sur l’île, entre le 31 mars et 2 avril 2009. Deux guides de Nature 1st devaient m’accompagner en permanence durant mon séjour sur l’île. Par la suite Industry Canada a approuvé ma demande d’indicatif d’appel spécial, VY0A.

 

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Pays de l’ours polaire: “Défense de marcher!”

 

Comme le permis limitait mon séjour sur l’île et gardant en mémoire les péripéties de l’année passée quand pendant cinq jours on a dû rester à Goose Bay en attendant que la météo s’améliore et qu’on puisse prendre un vol, j’ai décidé d’éviter cette fois-ci le voyage en avion. J’ai opté donc, pour le train de Winnipeg jusqu’à Churchill. En dépit de la longueur du trajet, 1700 km en 40 heures le voyage permet des interactions occasionnelles avec ceux qui s’aventurent vers le nord par ce temps. De cette façon, ce genre de voyage offre la possibilité  unique d’entendre toutes sortes d’histoires passées et plus récentes sur les gens et le pays du nord. Le train avait 5 wagons: un wagon-lit, un wagon-restaurant très chic et très bien déservi, deux wagons de passagers et un wagon-trémie. 11 passagers sont montés à Winnipeg, quelques-uns sont descendus, d’autres sont montés, mais à Churchill plus de 20 passagers sont descendus.

 

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Cormorant, une petite localité située à mi-distance entre Winnipeg et Churchill.

 

Le train a quitté Winnipeg peu avant le coucher du soleil. Des centaines d’oies revenant de leurs vacances dans le sud, s’arrêtaient dans les champs et six chevreuils s’abreuvaient à 100 m des rails. Il faisait froid mais le ciel était bleu et le soleil brillait doucement. Petit à petit, les champs ont été remplacés par des forêts épaisses d’arbres, ensuite de conifères suivies par la tundra. Si à l’aube, les conifères ressemblaient à des silhouettes étranges, devenaient au cours de la journée argentés et puis d’un vert intense.Les lacs et les rivières étaient complètement gelés et la neige témoignait par les traces laissées du passage des miliers d’animaux à la recherche de vivres.

Finalement, on est arrivés au bout de notre parcours, à Churchill. Comme les jours précédents, le soleil brilliant et le ciel bleu sans nuage m’accueillaient chaleureusement. Il faisait très beau, pas la moindre brise. J’étais reposé et plein d’élan, prêt à partir et commencer mon aventure. J’avais deux guides: Sheldon Olivier et Matthew Ratson. Afin de maximiser l’opération sur l’île, Sheldon m’a attendu à la gare, tandis que Matthew et son berger allemand, Zed, nous attendaient sur l’île où les deux guides avant mon arrivée avaient déjà installé notre camp.

 

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Les effets des marées hautes dans la baie d’Hudson.

 

Après 25 km en camionette, Sheldon et moi sommes arrivés à Churchill Northern Studies Center, là où la route s’arrête. Là-bas j’ai enfilé mon équipement hivernal et je me suis préparé pour une traversée de 20 km debout à l’arrière sur les patins du traîneau long de 3-4 m, attaché à la motoneige de Sheldon. Sous l’influence des marées, l’eau de la baie en hiver gèle et peut atteindre jusqu’à 1-1,5m de hauteur. De la sorte, la surface de l’eau n’est plus lisse comme une patinoire mais au contraire parsémée de formations glacières ayant l’aspect de cônes volcaniques dont la hauteur varie entre 20-40 cm jusqu’à la taille d’une personne moyenne.

 

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La traversée en traîneau a été fort dure.

 

Si les chemins de terre étaient moins exigeants, voyager à travers cette surface pleine d’élévations où il n’y avait d’autre repère que les traces laissées auparavant par mes deux guides lorsqu’ils avaient transporté le nécessaire pour le campement, c’était une terrible aventure. Je gardais à peine mon équilibre sur les patins du traîneau, balloté en tous sens. Afin de gagner du temps, Sheldon a pris un raccourci, mais malgré tous ses efforts il n’a pas pu retrouver ses traces. Ainsi on a dû refaire tout le trajet dès le début ce qui nous a pris 3 heures et environ 55 km de parcours dans des conditions extrêmemement dures et éprouvantes pour moi du point de vue physique.

Si Sheldon s’est arrêté quelques fois pour me montrer l’oiseau officiel du Nunavut, le lagopède avec son plumage blanc comme la neige ou un renard polaire, je dois avouer qu’après toutes ces terribles secousses et dans des conditions si précaires (traîneau rigide, froid, position incomfortable, secousses violentes) je me demandais si je pouvais survivre. On est arrivés complétèment épuisés au camp au moment où le soleil descendait sous l’horizon. J’avais envie de me coucher tout de suite.

 

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Le lagopède, l’oiseau-emblème du Nunavut.

 

Mais selon mon horaire j’étais en retard, donc je me suis mis à déballer mes affaires et installer l’antenne, pendant que mes compagnons préparaient le diner et essayaient de monter dans la tente un petit radiateur pour nous chauffer. Dehors, la nuit tombait rapidement et la température de même ce qui rendait l’installation de l’antenne d’autant plus difficile. J’ai dû me mettre les bottes car la neige était trop profonde. J’avais quatre batteries d’auto qu’on rechargeait par rotation, en utilisant un générateur à gaz de 800 W. En effet, on en avait deux, un de secours et qu’on employait pour les quelques ampoules  dont on se servait sous la tente. Malheureusement, le générateur créait trop d’interférence sur la bande de 30 et 40 m. Par conséquent, je ne pouvais charger les batteries que lorsque j’opérais sur 20 m. J’ai dû même éteindre les ampoules et utiliser une lampe de poche LCD pointée sur le registre des contacts.

La transmission radio a commencé à 3.30 UTC, le premier avril. Après quelques minutes les chasseurs aux îles m’ont découvert et la cacophonie a vite pris des proportions difficiles à gérer. Compte tenu de la puissance limitée et de l’antenne monodirectionelle et des conditions de propagation pauvres, j’ai estimé qu’une opération en morse pouvait permettre le contact avec un nombre plus important de radioamateurs. Je savais que le SSB était beaucoup plus populaire, mais dans les conditions sus-mentionnées, je crois que c’était la bonne décision.

 

ilefox

Camp sur île Fox.

 

Les jours suivants, le beau temps a continué, mais durant la nuit c’était une autre histoire car la température descendait au-dessous de –20º C. Le petit radiateur que Sheldon et Matt ont installé avait comme rôle de maintenir une température minimale afin de ne pas geler pendant le sommeil dans nos sacs de couchage d’hiver. D’ailleurs, je n’avais pas planifié beaucoup de sommeil. Je portais tout l’équipement et ainsi je n’avais pas froid durant la nuit.. Pourtant, rester dans la même position assise pendant des heures et des heures, aurait engourdi n’importe qui. Malheureusement, je ne pouvais porter des gants et ainsi peu de temps après mes doigts étaient gelés. De temps en temps, je devais m’arrêter quelques minutes et les réchauffer devant le radiateur. Ça ne semblait pas être trop efficace mais l’idée seule me réchauffait.

 

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Opérant de NA-186.

 

Le lendemain, on a reçu la visite des trois membres du Churchill Northern Studies Center, y compris LeeAnn, que j’ai finalement pu rencontrer après des mois et des mois d’échanges par téléphone et par courriel. On a pris quelques photos, on a causé un peu et ensuite je les ai laissés dans la compagnie de Sheldon et de Matt car je devais retourner à l’amoncelèment. Durant la journée, j’ai opéré sur 20 m et puis avec le crépuscule, j’ai passé sur la bande de 30 et plus tard dans la nuit sur celle de 40m.

L’opération au total a duré 66 heures y compris mes 6 heures de sommeil durant la deuxième et la troisième nuit combinées. J’ai fais un total de presque 3600 contacts sur les bandes de 20, 30, et 40 m avec 2800 différentes stations de 61 DXCC et provenant de six continents. Environ 85 % des contacts étaient en morse, le reste en SSB. J’ai utilisé une IC-7000 de 100W et une antenne multi-bandes à fil vertical et un mât téléscopique de 10m en fibres de verre. Voilà l’opération schématisée en tableaux:

 

CONT QSO   %        STN    %        DUPE

 

AF      6          <1       4          <1

AS      429      12        314      11        27

EU      1540    43        1216    44        139

NA      1565    44        1243    44        52

OC      11        <1       6          <1

SA      20        <1       15        <1       2

 

TOT    3571               2798               220

 

equipe 

De gauche à droite: Matt (devant lui Zed), Cindy (de Churchill Center), Cezar et Sheldon.

 

Dans les conditions de propagation données, 6% de QSOs doubles (même bande, même mode) ce n’est peut-être pas excessif. Et pourtant, j’ai du mal à comprendre pourquoi ce pourcentage ait attaint 16% et 15% parmi les stations italiennes et françaises, surtout que beaucoup de ces stations figuraient déjà sur d’autres bandes et modes.

Les premières 10 entités DXCC par nombre de QSOs et stations sont:

 

#          DXCC            QSO   STN    DUPE

 

1          K         1348    1088    43

2          JA       365      267      22

3          DL      268      219      19

4          I          253      184      41

5          VE      193      136      8

6          UA      124      95        13

7          F         122      87        17

8          G         82        68        4

9          SM      80        57        5

10        UR      70        57        7

 

L’opération VY0A a pris fin le 3 avril à 22 UTC. Malgré les deux grands traîneaux disponibles pour le transport des provisions et de l’équipement, on ne pouvait pas faire un seul voyage. Les guides ont dû refaire le trajet les jours suivants afin de ramasser le reste des affaires.

 

preparatifs

Avant de quitter l’île on a fait des préparatifs et on a emballé l’équipement.

Le retour s’est déroulé sans péripéties. On est arrivés au centre vers le coucher du soleil. Mes deux guides m’ont conduit à Tundra Inn, un hôtel très chic à Churchill. Je pouvais finalment manger à mon gré car les rationnements sur l’île ne satisfaisent pas mon appetit. Je suis allé donc directement au The Gypsies, un fameux  restaurant tenu par une famille de Portugais de Montréal. Après le diner, je voulais prendre une douche à l’hôtel, mais probablement j’étais trop fatigué et je me suis endormi tout de suite. J’ai dormi 12 heures, manquant le petit-déjeuner du lendemain matin.

 

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L’avenir des courses à traîneaux: les chiots husky.

Le lendemain, j’ai passé toute la journée à Churchill, flânant dans les ruelles, prenant des photos afin d’immortaliser les subtils changements du paysage hivernal de la baie d’Hudson et de la rivière Churchill. Churchill est une excellente destination touristique pour ceux qui s’aventurent à la découverte de l’Arctique. Chaque saison a ses charmes: l’hiver est la meilleure si on veut admirer l’aurore, le printemps si on veut observer la renaissance de la nature, les oiseaux qui viennent y faire leurs nids, l’automne si on veut voir les ours polaires se préparer pour le dur hiver et l’été si on veut voir les baleines et les bélugas. Outre tout cela, il y a une multitude d’activités en plein air qu’on peut explorer: des randonnées, du canot, de la motoneige, faire du traîneau tiré par des chiens, etc. Churchill abritte aussi quelques sites historiques comme Cape Merry, Prince of Wales Fort et le musée des Inuits qui comprend plus de 800 oeuvres d’art, expression du riche héritage autochtone et plus de 3000 objets des artisans locaux.

Je tiens à remercier ma femme, Lucia, et mon fils, Tiberius de leur compréhension pour ma passion et de leur appui moral inconditionnel. Mes remerciements sincères à Paul Ratson et aux deux guides, Matthew et Sheldon pour leur dévouement et travail au succès de l’opération ainsi qu’à LeeAnn Fishback du Studies Center, mon premier contact à Churchill. Egalement, je veux remercier mon ami, George Kennedy (VE3GHK) pour toute son aide indispensable.

 

palmier

Un palmier flottant en Artique: le drapeau IOTA.

 

Je voudrais aussi remercier pour l’appui financier reçu de IREF, ICOM Canada, GDXF, Swiss DX Foundation, Clipperton DX Club,  Mediterranean DX Club et Truro Amateur Radio Club. Je suis particulièrement redevable à W5BXX pour sa confiance et son appui enthousiaste. J’aimerais exprimer mon appréciation à mes principaux commanditaires individuels: JM1PXG, EA8AKN, JA5IU, JA8MS, JA1BPA, Anonymous (Tokyo), JF4VZT, N6PYN, VE1VOX, JE1DXC, SM6CVX, W3AWU et JA1QXY. Mille remerciements au suivants commanditaires individuels (listés en ordre alphabétique) pour leur aide généreuse: DL5ME, G4SOZ, I1SNW, I4GAD, I4GAS, I4MKN, IK8DDN, IT9YRE, JR0DLU, JH1IEE, JH1QVW, JA1SKE, JA2KVB, JE2QYZ, JA3FGJ, JA3UCO, JH4IFF, JA7DOT, JA9IFF, PT7WA, VE3IQ, VE3JV, VE3LDT, VE3UW, VE3VHB, VE3ZZ, VE7KDU, VE7QCR, VE7SMP, W1OX, WB2YQH, KD3CQ, W3FJ, WA3GNW, WA3HIC, W4DKS, W5GAI, KB5GL, WB5JID, W5VFO, W5ZPA, N6KW, N6VR, K9AJ. Fianalement, je remercie tous ceux qui ont pu inclure un don avec leur demande de QSL direct (voir VY0A sur QRZ.com).

 

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